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Les feux ont déjà ravagé 42 000 hectares et entraîné l’évacuation de 220 000 personnes en Gironde. Sans compter les dizaines de milliers d’hectares dans le Var et les Landes. Comment en est-on arrivé là dans un des pays les plus riches du monde ?

Un ogre, un monstre, un feu apocalyptique, un mégafeu… On a du mal à décrire les incendies actuels. La lutte est souvent inégale, hommage aux pompiers et aux bénévoles, et des centaines de milliers de naufragés du feu sont obligés de fuir les flammes et les fumées.

Après trois canicules, résultat du dérèglement climatique, le scénario tant redouté se produit en Gironde : un départ de feu à Saumos, une sécheresse extrême, une chaleur intense et des vents capricieux qui font sauter les flammes. Un incendie hors norme et hors de contrôle, les leçons de l’été 2022 dans la même région ont été oubliées. Les flammes menacent alors la presqu’île du Cap-Ferret, puis dévorent les maisons d’un quartier de Lège-Cap-Ferret puis de différentes communes.

D-Day à l’envers

À 130 km plus au sud, à Biscarrosse (Landes), un deuxième incendie fait rage. En quatre jours, en Gironde et dans les Landes, plus de 200 maisons ont été détruites. Face à ces deux brasiers incontrôlables, les autorités décident d’une opération d’évacuation sans précédent par la terre et la mer. Le feu et la fumée se rapprochent désormais de Bordeaux. Une dizaine de villes de l’agglomération reçoivent l'ordre d’évacuer. Les habitants se retrouvent au parc des expositions par milliers. Pendant ce temps, les feux redoublent de force.

Au total, 220 000 personnes ont été contraintes de fuir : la plus grande opération depuis la Deuxième Guerre mondiale et le débarquement du 6 juin 1944.

Un élan de solidarité, dans un Sud-Ouest apocalyptique

La solidarité s’organise. Des agriculteurs viennent prêter main-forte en arrosant les lisières, ou en rechargeant en eau les camions des pompiers. Des habitants viennent simplement distribuer un peu de réconfort. La solidarité aussi d’habitants, qui tentent de sauver la maison de leurs amis ou voisins. L’armée mobilisée.

Le Sud-Ouest meurtri et des images qui resteront dans les mémoires, comme les plages et les terrasses du Cap-Ferret vides en plein été. Des animaux apeurés qui fuient. Des fumées qui polluent toute la région avec des conséquences sanitaires imprévisibles à moyen et long terme.

Une région qui brûle, une nature martyre qui mettra des décennies à renaître, la guerre du dérèglement climatique a commencé.

Une guerre voulue, conséquence de l’incurie climatique

Ces scènes vont se répéter, dans les prochaines années, de plus en plus impressionnantes, de plus en plus dévastatrices. L'Eure et Loir n'est pas à l'abri : les 2 500 hectares ravagées de la forêt de Fontainebleau sont proches de nous. Elles ont été annoncées depuis des années par les climatologues. Les décideurs, les élus, les citoyens étaient parfaitement au courant du dérèglement climatique. La grande majorité choisit le déni et la politique de l’autruche, malgré la montée en puissance des évènements climatiques. On savait depuis plus de 25 ans (« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs », J. Chirac, 2002) et on n'a rien fait ou si peu.

Mettons enfin en œuvre les solutions reconnues.

Le pire est que les solutions à mettre en oeuvre sont connues pour protéger et adapter notre pays, tout en stabilisant le dérèglement climatique. Mais pour deux pas en avant, c’est un pas en arrière sous la pression des climato-septiques : on veut décarboner les transports ? Vite on essaye de repousser la date de la transition vers l’électrique et on supprime les ZFE. L’Europe propose un « Green Act », vite on se dépêche, sous l’influence de l’extrême droite, rejoint par la Droite, de l’affadir.

Nous avons besoin d’élus qui mettent la priorité sur le dossier climatique. On trouvera les ressources nécessaires, s’il y a la volonté. Les faits étant têtus, les citoyens vont finir par se réveiller face aux conséquences dévastatrices de l’incurie climatique.

Mieux vaudrait maintenant que plus tard : le prix de l’inaction augmente tous les jours.